
RDC. « Semence et moisson coloniales »: réponse de Afriquespoir. 11.01.2010
Le quotidien kinos Le Potentiel a publié le 18 décembre 2009 un long article de F. Kange Ewane, auteur de Semence et moisson coloniale (Ed. Clé, Yaoundé), sur le rôle funeste joué par les "auteurs de l'image du Négro-africain, d'Hérodote à Daniel Comboni...", confirmant un "doctrine devenue presqu'un dogme, selon laquelle un Négro-africain est ontologiquement taré à la suite d'une malédiction divine. Par voie de conséquence, on ne saurait lui reconnaitre raisonnablement un univers culturel sain...".
Jugeant cette lecture très incorrecte par rapport à tout ce que Comboni a fait et dit au cours de sa vie, le directeur d'Afriquespoir a envoyé au journal un message offrant une interprétation bien différente. Le Potentiel a eu l'amabilité de la publier dans le numéro du 30 décembre 2009.
Mr. Le Directeur,
Je viens de lire dans le Potentiel de ce vendredi 18 décembre 09, les deux pages tirées de « Semence et moisson coloniales » (F. Kange Ewane). Un texte - je vous le dis sincèrement - qui me rend triste. Le thème proposé pourrait sembler dépassé. Et pourtant il est d'une grande actualité et encourage le débat autour de réalités qui d'une manière ou d'une autre, sont toujours présentes: colonisation, esclavage, civilisation, préjugés, idéologie au service d'intérêts économiques, etc.
Je ne peux pas, cependant, cacher mon étonnement vis-à-vis de la clé de lecture offerte par l'auteur et qui conduit à la conclusion: l'idée que Daniel Comboni se faisait des africains on pourrait la résumer en un seul mot : des sauvages ! Une vision qu'on retrouverait dans le message qu'il adressa aux évêques présents à Rome lors du Concile Vatican 1er (juin 1870) et qui rentre dans tout ce qu'on a fabriqué pour justifier le projet colonisateur qui se préparait.
Dans sa lettre circulaire aux Pères conciliaires, Comboni (il était présent au Concile en tant que secrétaire de l'Evêque de Vérone, le Card. Di Canossa) exprime respectueusement son étonnement : tous les continents sont représentés à ce rendez-vous historique, sauf l'Afrique ! La malédiction qui pèse depuis Noé sur les fils de Cham ? Voilà ce que Comboni écrit : « C'est un grand réconfort pour moi de penser et de rappeler que déjà depuis 18 siècles, ils ont été délivrés par le sang du Christ, de la malédiction de leur père, et que le Christ les a acquis par son sang en héritage. ».
Oui, certains termes employés par Comboni faisaient partie du patrimoine linguistique ecclésial, théologique, philosophique, littéraire de son temps. Mais je crois qu'il n'est pas correcte de lui attribuer «une doctrine devenue presqu'un dogme, selon laquelle un Négro-africain est ontologiquement taré à la suite d'une malédiction divine. Par voie de conséquence, on ne saurait lui reconnaître raisonnablement un univers culturel sain ».
La lutte de Comboni contre l'esclavagisme qui ne cessait de prospérer dans l'Afrique du nord-est, son envoi à Rome de deux premiers africains (noirs) pour les études et la préparation au sacerdoce, son rêve de voir quatre grandes «universités plantées au quatre coins du continent africain », ses mises en gardes répétées dans sa correspondance, par rapport aux européens et à d'autres « poussés par le désir de la gloire humaine et l'âpreté du gain » devraient nous permettre d'arriver à une conclusion bien différente.
Veuillez croire à mes sentiments d'appréciation pour le grand espace que le Potentiel réserve aux échanges d'idées. Bonne journée !
P. Neno Contran
Missionnaire de Comboni
Afriquespoir - Kinshasa