
RDC. Interview à Mgr. Muteba : « Les catholiques devons utiliser les médias avec étique, professionnalisme et esprit critique ». 19.06.2010
Mgr. Fulgence Muteba,
évêque du diocèse
de Kilwa-KasengaLe dimanche 20 juin, l’Eglise du Congo célèbre la Journée Mondiale de la Communication Sociale. A la rencontre de cet événement Ademis a voulu parler avec Mgr. Fulgence Muteba, évêque du diocèse de Kilwa-Kasenga (Katanga) et président de la Commission Episcopale des Mass Média.
Quelle est votre vision des mas médias catholiques au Congo pendant ces derniers 50 ans ?
Il y a eu beaucoup d’évolution dans le rôle des mass média. Au départ nous avons été très présents, pratiquement tous les médias étaient des médias catholiques confessionnels, qu’il s’agit de la presse écrite, qu’il s’agit des medias audio-visuels, nous avons été les pionniers dans tous les domaines. Plus tard nous avons connu une période de dure épreuve, pendant l’authenticité, marquée par l’étatisation des médias catholique qu’ont été confisqués par le pouvoir.
Mais il y a eu une évolution spectaculaire à partir du 24 avril 1990. Avec le pluralisme politique la liberté d’expression a commencé à se manifester au niveau de notre société ; les médias ont explosé et continuent à exploser encore aujourd’hui.
On a senti que les médias jouent un rôle très important pour sensibiliser la population et pour l’éduquer au sens de la démocratie et de la participation à la gestion de la chose publique. Ce rôle a été joué par les médias, mais on pourrait faire plus. Le défi maintenant est que le médias se professionnalisent d’avantage et qu’ils puissent jouer le rôle qu’on attend d’eux en démocratie, c'est-à-dire, la neutralité politique et le rôle d’indiquer les secteur qui doivent être prioritaires dans la société.
Je dirais aussi qu’ils soient de médias d’investigation pour préparer des dossiers sur des choses importantes et que toute la société puisse prendre conscience de une manière claire et non de manière sectorielle et superficielle. Il faut amener la population à réfléchir en profondeur.
Les agents pastoraux sont-ils prêts pour soulever ce défi ?
Il faut encore pousser la préparation adéquate des prêtres, sœurs et laïcs qui travaillent dans les moyens de communication de l’Eglise. Il faut avouer que la rapidité vertigineuse avec laquelle les choses changent dans notre société parfois nous dépasse. Il y a des cours d’introduction au mass média dans les noviciats, les séminaires et l’université, mais ce n’est pas suffisant. Dans ce domaine il faut être autodidacte et avoir le sens de la curiosité.
Sur cette perspective, le message de Benoît XVI en occasion de la Journée Mondiale des Moyens de Communication Sociale est très pertinent, puis il met le prêtre au centre de ses préoccupations. Le prêtre doit s’initier à l’utilisation adéquate des moyens de communication sociale et suivre le périple de la société, mais aussi savoir prendre une distance critique par rapport aux contenus des moyens de communication sociale.
L’Eglise du Congo est-elle prête pour le monde numérique ?
Il faut aussi pousser. Nous avons un grand problème de fourniture en énergie électrique ; il devrait avoir un effort de la part du Gouvernement pour électrifier certains milieux. Moi, je vis en milieu rural et je vois comment il est difficile faire fonctionner Internet, une radio communautaire ou un journal. Il faut être presque un héro pour tenir ces moyens. Mais nous constatons une évolution positive, par exemple le nombre de sites catholiques en Internet est en augmentation.
Parfois les Eglises sœurs et de réveil nous devancent dans le monde de la communication. Etes-vous d’accord?
Oui, c’est un paradoxe.
Nous les catholiques, quand nous faisons quelque chose nous travaillons bien et parfois nous sommes victimes de ce sens de finesse et perfection. Mais moi je ne me laisse pas impressionner par tous ces médias des Eglises sœurs ou de réveil, parce que sur le contenu qu’ils offrent, sincèrement, il aurait beaucoup à dire. Malheureusement l’homme de la rue, qui est le plus grand consommateur des mass médias, ne réfléchi pas comme nous.
Il y a un contenu lamentable qui ne réussi pas à toucher le vrais défis de la société et sur ce point, nous les catholiques, nous allons lentement mais sûrement. Un média catholique doit être un média de qualité et doit proposer un contenu qui soit pertinent, intéressent et satisfaisant, de tous les points de vue possibles. Le contenu doit être substantiel et nous y allons.
Notre pays est qualifié par l’ONG américaine Freedom House comme un pays où il n’y a pas liberté de presse. Cela est-il un handicap pour les mass média catholiques ?
Il faut préciser les termes. Il faut savoir qu’il y a eu une très grande évolution dans la liberté de presse dans notre pays. Il y a quelques années nous n’avions qu’une seule chaîne de télévision et une seule chaîne de radio... maintenant il y a cette explosion médiatique dont j’ai déjà parlé. Aujourd’hui nous avons plusieurs chaînes de télévision, même trop. Il y a aussi beaucoup de journaux et des radios... il y a une liberté de presse appréciable, même s’il y a de temps en temps la tendance au contrôle, la fermeture de telle chaîne et aussi la mesure administrative des lourdes taxes qu’il faut payer à l’Etat pour créer une société médiatique, capable de décourager toute initiative.
Malgré tout, je crois qu’il y a une relative liberté de presse où les gens peuvent dire ce qu’ils pensent. Bien sur, nous sommes en évolution, il y a des journalistes qu’ont été assassinés, cameras qu’ont été arrachées, la suspension de certains organes médiatiques, mais la liberté de presse que le Gouvernement nous offre est suffisamment propice pour que nous puissions dire ce que nous voulons et aussi pour que nous puissions aider la population à se mettre débout, un tâche qui doit nous revenir.
Des médias d’éducation, de sensibilisation aux grands enjeux de développement dans notre pays je ne les vois pas encore, par contre on glisse facilement dans le divertissement, dans les banalités quotidiennes, dans la propagande... il reste donc beaucoup à faire. Aussi on doit véhiculer les valeurs et c’est un grand défi pour les médias catholique, parce que les valeurs sont en crise dans notre société.
Quel est donc votre message pour cette Journée Mondiale de la Communication Sociale ?
D’abord, tous les agents pastoraux doivent s’initier aux médias, comprendre le langage des médias et les utiliser comme moyen pour annoncer la Parole de vie, d’espérance, une Parole qui réconforte les gens. On ne peut pas communiquer n’importe quoi, ce que nous communiquons doit refléter ce que nous sommes, pourtant il est important de dire des choses qui édifie le Peuple de Dieu et notre société. Les catholiques devons utiliser les médias avec étique, professionnalisme et esprit critique.
Vous venez de lancer la revue Luapula-Moero. Pourquoi ?
Nous avons constaté qu’en milieu paysan nous ne faisons que recevoir ce qui vient de la ville et nos problèmes à nous n’ont pas d’avocat, il n’y a personne qui puisse les porter sur la place publique, nos réflexions à nous personne ne s’en occupe ; alors Luapula-Moero c’est comme le retour de l’ascenseur : qu’est-ce qui se passe au village ? Qu’est-ce que nous avons comme patrimoine ? Il y a toute une réflexion des problèmes d’Eglise et de la société mais à partir de notre milieu rurale.
Selon les contacts que nous avons maintenant, le magasin pourrait couvrir les réalités des 8 diocèses de la région ecclésiastique de Lubumbashi. C’est un magasin d’animation pastoral rurale où nous parlons beaucoup des réalités quotidienne, par exemple les arrestations arbitraires, les violations aux droits humains...
C’est intéressant que depuis que nous faisons des reportages sur cela, on a senti qu’il y a eu un recule des violations des droits humaines en milieu rurale et ça signifie que les gens nous lisent et comprennent de plus en plus nos problèmes.
Les bourreaux sont en train de diminuer leurs actions parce qu’ils savent que s’ils font quelque chose nous ne manquerons pas de faire l’écho. Voilà un exemple de l’importance et de la valeur des moyens de communication sociale.
KB