News

Les Amis de la Mission

 

 

 

home page Ademis

RDC. P. Mobele Lobia, op : «Les catholiques doivent travailler pour bien s’insérez dans la société et la transformer par le travail, par le sacrifice et par la sueur de chaque jour». 30.07.2010

Père Augustin Mobele Lobia

Le père Augustin Mobele Lobia, dominicain congolais d’Isiro (Province Oriental) vient de publier son premier livre: «La foi authentique par le travail et les œuvres de charité », (maison d’éditions Verbum Bible). Ademis a voulu interviewer le père Mobele pour connaître mieux cet ouvrage.

Qui vous a poussé à publier un livre sur la dignité du travail ?
Je suis africain et congolais, fils d’un pays dont l’un des problèmes majeurs consiste justement à transformer nos grandes richesses en moyens de développement. Dans cet ouvrage j’ai voulu dire à nos frères et sœurs congolais que se lamenter ne sert à rien et que nous ne pouvons vivre sans travailler. Je veux surtout leur faire connaître la spiritualité du travail pour les aider à s’insérer dans le monde et rehausser leur dignité.

Aujourd’hui au Congo, le travail ne permet pas au travailleur de manger à sa faim.
C’est vrai. J’ai essayé dans mon livre de faire le parcours du travail du congolais avant l’indépendance et immédiatement après l’indépendance. Je montre comment nous avons perdu un peu le sens du travail. Nous sommes réduits au travail informel et ce travail ne nous permet plus de vivre dignement, or il y a eu un temps, quand 1 franc congolais valait 2 $, où les travailleurs étaient bien payés et ils pouvaient tout s’acheter.
Je croie que l’Eglise pourrait faire beaucoup pour aider à récupérer le sens et la dignité du travail.

Vous dites aussi que les congolais ont perdu le sens du bien commun.
Malheureusement c’est vrai. Tout d’abord le travail doit m’aider à vivre dignement et à me prendre en charge d’une manière juste, moi et ma famille, mais aussi à aider facilement les gens qui sont autour de moi. Le travail pris dans ce sens devient un bien commun. A partir du moment où on perd la valeur du travail et que le salaire n’arrive plus à me soutenir ni à soutenir ma famille, ce n’est plus ce bien commun qui devrait être mis au service de tout le monde.

Pour ceux qui ont du travail, leurs salaires répondent-ils aux besoins des travailleurs?
Non. Il y a des salaires de misère. Un enseignant qui reçoit 30.000 francs congolais par mois ne peut pas vivre de cela. Même dans nos communautés religieuses, les 100 ou 200 $ que nous donnons à nos travailleurs ne suffit pas. Je pense que le minimum qu’on devrait donner à un travailleur c’est 300 $. Beaucoup de kinois prient beaucoup, ils cherchent les solutions du développement dans la prière et non dans le travail.

Est-ce que la valeur du travail est vraiment assimilée par notre population ?
Je pense que c’est un défi lancé à tous, en particulier à nous, hommes et femmes d’Eglise. Nous devons préparer nos chrétiens à connaître la valeur du travail. On doit demander aux chrétiens de venir à l’église le dimanche, mais le reste de la semaine ils doivent travailler pour bien s’insérer dans la société et la transformer par le travail, par le sacrifice et par la sueur de chaque jour. C’est ainsi que nous démontrerons aux non-chrétiens que notre prière a un sens et qu’elle est une force pour changer la société.

Quelle est cette spiritualité africaine du travail donc vous parlez dans votre livre?
La valeur du travail a toujours été très respectée dans notre culture africaine. L’objectif qu’on voulait atteindre pour un jeune homme c’était qu’il apprenne, dès qu’il a l’âge, à faire son champ, à faire sa maison, à faire la chasse, à faire la pêche, c'est-à-dire, à être un homme complet pour fonder un foyer et s’intégrer dans le monde des adultes avec une indépendance totale. Pour la jeune fille c’était la même chose, elle devrait être préparée par sa maman à cuisiner, à accueillir, à soigner les enfants...
Dans notre culture un homme ou une femme qui n’était pas capable de travailler ne pouvait pas se marier, c’était un danger pour la famille. Aujourd’hui nous devons puiser encore dans cette spiritualité africaine du travail ayant pour modèle Jésus, qui en venant dans ce monde a travaillé.

Et nous les prêtres et religieux?

Je crois que nous ne pouvons pas être des pasteurs complets sans être imbibés de l’esprit de la Doctrine Sociale de l’Eglise, qui est une clé pour pouvoir comprendre le monde dans lequel on est en train d’évoluer et pour pouvoir savoir répondre aux défis d’aujourd’hui. J’ai proposé que dans la formation des religieux nous étudions à fond l’Economie pour connaître les rouages du monde. Les gens commencent à douter de nous parce que nous n’avons pas la capacité de répondre d’une manière adéquate aux problèmes quotidiens, aux problèmes matériels des gens.
Dans mon livre j’interpelle la conscience des ecclésiastiques et religieux parce qu’il y a quelque chose qui nous échappe : nous vivons au milieu des frères et sœurs qui ont des grosses difficultés pour survivre et nous n’avons pas une alternative à leur donner. C’est une carence dans notre formation.

Que pensez-vous des religieux au Congo, vivons-nous avec un niveau trop haut par rapport à la population?

Dans beaucoup de communautés nous étions habitués à vivre avec des confrères étrangers qui tenaient la gestion économique. Aujourd’hui que les confrères étrangers diminuent, nous ressentons déjà ce manque de préparation à l’économie et à la gestion. Les religieux congolais manquons d’expérience en gestion parce que c’était toujours les autres qui géraient. Nous devons aussi apprendre des stratégies pour relever le niveau de vie des gens, de ceux qui sont vraiment au bas de l’échelle.

Les grandes problèmes macro-économiques nous échappent, êtes-vous d’accord?
Oui, c’est l’infrastructure de péché donc parlait le papa Jean Paul II. La macro-économie nous échappe, mais il appartient à chaque communauté, là où on est, de pouvoir étudier les potentialités qu’on a et avec détermination commencer à travailler. Je ne dis pas qu’on va résoudre les problèmes du monde entier ou de tout le Congo, mais là où nous sommes, nous pouvons faire quelque chose, en commençant par les gens avec qui nous vivons. Même le Christ a commencé par la Palestine, il a formé un petit noyau et ce sont eux qui ont fait le travail dont nous bénéficions aujourd’hui.

Les personnes intéressées dans l’achat du livre du père Mobele peut s’adresser au couvent des frères dominicains, à la 15 rue de Limete, à côté de l’hôpital St. Joseph.

Propos recueillis par Kike Bayo