
RDC. «Le dirigeant chrétien doit prêcher par l'exemple, par le travail et l'amour»: Entretien avec le Prof. BuaBua wa Kayembe Matthias. 24.01.2010
Ancien élève de l'école catholique Saint Louis de Kananga, le Professeur BuaBua wa Kayembe est Docteur en droit Fiscal de l'Université de Lubumbashi et enseignant à l'Université de Kinshasa et à l'Université Protestante au Congo (UPC). Il a passé aussi une année d'enseignement à l'Université Catholique du Congo.
Après avoir été inspecteur puis directeur aux finances et aux impôts, il a été nommé vice ministre à l'économie nationale dans le premier gouvernement de Joseph Kabila. Il est aujourd'hui le Directeur Général de l'Anapi (Agence nationale de promotion des investissements).
Comme catholique, Monsieur Buabua wa Kayembe pense que les catholiques qui ont des responsabilités au sein de l'Etat doivent contribuer à l'émancipation du quotidien du peuple et au développement de ce pays comme le recommande les Pères Synodaux lors du second Synode Africain. Ademis vous donne ici l'intégralité de son entretien.
Les pères synodaux pensent que les chrétiens catholiques qui occupent de grandes responsabilités dans leurs pays respectifs devraient prendre plus d'initiatives pour leur développement. Qu'en dites-vous?
C'est une invitation des Évêques aux responsables catholiques pour l'émancipation de leurs nations et personnellement chaque jour je fais le meilleur de moi même pour être utile à mon pays. Mon service est un service de l'état qui a des tâches bien précises qui ne pourraient s'exprimer qu'en synergie avec plusieurs autres services de l'état. Nous essayons à l'intérieur de cette fonction étatique d'assumer nos responsabilités.
La recommandation du synode des Évêques Africains est très pertinente. Nous devons toujours nous remettre en question chaque jour pour mieux faire le travail qui nous est confié.
Vous êtes à la tête de l'ANAPI (Agence Nationale de Promotion de l'Investissement) depuis sa création en 2002. Quels sont vos réalisations?
La RDC, notre pays, ne pourra être sauvée que par ses fils et filles. Ces derniers doivent être des gens dont l'amour pour la RDC est sincère. Je pense que les étrangers peuvent aimer le Congo mais pas plus que nous. Mon engagement vis à vis de la RDC est sincère et c'est pourquoi j'essaie de faire mon travail comme il se doit en ne disant pas que je suis dans un service étatique donc je dois fainéanter mais en travaillant comme dans le service privé. J'essaie dans la mesure du possible de bien faire mon travail en essayant de transcender les difficultés qui sont nombreuses.
Ne dit-t-on pas que: "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire"? Si je focalisais mon attention sur les difficultés, je serai ridicule, inutile. Il faut donc regarder l'objectif poursuivi plutôt que les difficultés. C'est dans cette perspective qui me semble chrétienne que j'essaie de travailler car les chrétiens doivent donner le meilleur d'eux même comme Néhémie qui construit des murs pour protéger son pays et c'est ce qui m'anime.
Quel est le bilan des investissements 50 ans après l’Independence en RDC?
Les investissements ont évolué dans notre pays à l'image même de son histoire. En effets, il y a eu une période de cinq premières années où nous avons plus ou moins profité des retombés de la colonisation. Cette période a été malheureusement caractérisée par des rébellions, des difficultés politiques de tous ordres qui ont fait que finalement les infrastructures ont été cassées dans beaucoup des coins du territoire notamment dans la province de Katanga, la province orientale, etc.
Par après, en 1965, il y a eu le changement de régime politique. A partir de cette période, il y a eu des mesures de nationalisation qui ont été prises par Mobutu dont celle de l'union Minière de Bakwanga (MIBA) au Katanga. En 1973 est venue la Zaïrianisation, une autre étape dans la nationalisation.
La plupart des unités de production ont été détruite à partir du 1990, il y eu l'amorce du processus de démocratisation avec les pillages qui en ont suivis. Ceci montre l'ampleur du travail que nous devons faire en partant de zéro contrairement à d'autres pays de l'Afrique comme l'Afrique du Sud, le Ghana, le Cameroun qui ne sont pas passés par toutes ces guerres et destructions que nous avons connues en RDC.
Les infrastructures sont un préalable aux investissements et tout investissement va là où il peut trouver le marché. Il n’y a pas des marchés parce qu'il n’y a pas des routes, pas d'énergie électrique, etc.
Entre 2003 et 2009 il y a eu des résultats positifs. Ce sont les résultats du gouvernement dont nous avons été un outil pour sensibiliser les gens afin d’atteindre ces résultats.
Quelles sont les réalisations de l'ANAPI?
Il y a plusieurs résultats. En 2002, il y avait juste trois banques et aujourd'hui nous avons une vingtaine grâce au marketing de l'ANAPI. En matière de téléphonie, il y avait 200 000 personnes qui avaient ce service et aujourd'hui on compte plus de 9 000 000 d'abonnés dispersés dans les coins les plus reculés du Congo. C'est notamment grâce à l'ANAPI.
Dans le secteur industriel on fabrique aujourd'hui des barres de fer, des tuyaux en plastiques, de l'eau minérale qui peut paraître quelque chose de banal mais elle n'existait pas à notre arrivée. L'ANAPI a amené ce boum immobilier que vous avez aujourd'hui et ces supermarchés. Tout ce qui constitue le support économique de notre pays est venu grâce à l'action du gouvernement congolais en synergie avec l'ANAPI. Quand nous faisons le bilan de tous ces investissements, nous nous rendons compte qu'il y a plus ou moins 100 000 emplois directs et plusieurs milliers d'emplois indirects qui ont été créés.
Le secteur de communication regorge beaucoup de petits vendeurs des cartes qui constituent une catégorie d'emploi. Quand on fait construire les maisons, toutes ces personnes qui y travaillent: plombiers, maçons, menuisiers, vendeurs de ciment constituent aussi une catégorie importante de l'emploi. Ce n'est pas une satisfaction béante dans le sens que le travail à faire est énorme par rapport à l'ampleur du Congo, une population estimée à 65 millions.
Si nous avons travaillé à Kinshasa, je pense qu'il nous faut aussi travailler dans d'autres provinces. La faute n'incombe pas aux investisseurs s'ils ne vont pas dans d'autres coins du pays.
La raison est qu'il n'y a pas des infrastructures pouvant les accueillir.
Une bonne régulation du secteur d'investissement permettrait le développement du pays, pensent les experts?
Il faut chercher à améliorer le climat des affaires qui est constitué des plusieurs réglementations dont la plupart sont dépassées et bloquent l'entrée des investisseurs et le mouvement d'importations et d'exportations des biens. Ce sont des lois fiscales qui créent un devoir fiscal très élevé que les gens ne supportent pas, car elles ne facilitent pas la création des sociétés. C'est ce qu'il faut reformer pour attirer les investisseurs. Il y a aussi la création des infrastructures, la paix qui sont des préalables à l'amélioration du climat des investissements qui peuvent permettre à notre pays de faire un bond extraordinaire vers le développement.
Qui serait pour vous un bon dirigeant catholique?
C'est un homme qui s'inspire de la parole de Dieu naturellement et qui aime réellement son pays, son prochain. C'est aussi un homme qui cherche à créer, qui cherche à donner un projet. Imaginez que la moitié des 65 millions des congolais aient un projet même agricole, vous vous rendez compte du bien que cela apporterait au pays?
La Bible dit que chacun mangera à la sueur de son front et si chacun prenait cette phrase au sérieux, il y aurait combien des projets? Le dirigeant chrétien doit prêcher par l'exemple, par le travail et l'amour, ceci dans la simplicité et l'ordre. Il doit être contre la corruption et se mettre au travail pour le développement de son pays. C'est ce que j'essaye personnellement de faire chaque jour.
Je suis très attaché à ma confession catholique parce que c'est un prêtre qui m'avait donné le billet pour venir à l'Université à Kinshasa. Ils étaient nos Pères, ces Prêtres, car ils nous nourrissaient au collège, nous soignaient, sans cela, ce petit villageois que j'étais, ne serait peut être pas arrivé à l'Université pour devenir ce que je suis aujourd'hui. C'est pourquoi je demande toujours à mes frères de se mettre à genou pour prier le matin avant de sortir et le soir avant de dormir et Dieu vous le rend toujours. C'est très important.
Propos recueillis par Jacques Kalokola