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ISIRO. Prière et solidarité avec les victimes de la LRA: témoignage accablant de maman Aimée. 01.02.2010

Le samedi 30 janvier 2010, les Chrétiens d’Isiro se sont rendus en procession, en priant et chantant, à la Cathédrale, pour participer à 15h00 à la Célébration Eucharistique pour faire mémoire et prier pour toutes les victimes des rebelles de la LRA, en solidarité avec ceux qui ont été blessés, torturés où enlevés par les rebelles, et pour attirer l’attention de l’opinion publique et des autorités sur ce grave problème.
En absence de Mgr l’Evêque Julien Andavo Mbia, Mgr Abakuba Dieudonné Vicaire Episcopale a présidé la Ste Messe qui était concélébrée par une dizaine d’Abbés et pères. Environ huit cent chrétiens étaient présents.
Après avoir commenté les lectures prises du livre des Maccabées, de l’Apocalypse de S. Jean et l’Evangile des «Béatitudes» (Mt 5,1-12), Mgr Abakuba a dit: «Nous sommes ici rassemblés pour la Célébration Eucharistique et pour faire mémoire de tous nos frères morts victimes des LRA, et pour être solidaires avec tous ceux qui restent dans la souffrance. Nos frères de Tapili ne s’attendaient pas être visés directement; en 2008 ils avaient écouté ce qui se passait à Faradje, à Bangadi, à Dungu, et dans d’autres villages, comment les gens étaient massacrés, enlevés, mutilés… Cette situation nous interpelle, elle touche notre vie, elle interroge notre foi, elle nous montre aussi comment marche notre pays. Nous prions d’abord pour que notre cœur change, nous fils de ce Pays. Que nos autorités changent, que chacun de nous change. Nous ne comprenons pas la raison de ce qui se passe en nos jours, mais nous pouvons regarder ces événements avec la lumière de la foi. Que le Seigneur ouvre le cœur des autorités du pays pour qu’elles cherchent des solutions. Beaucoup de gens ont laissé leur village par crainte; les morts souvent restent là sans être ensevelis. Personne parmi les déplacés, aime être tel. Nous devons aider nos frères, porter avec eux le poids de leur souffrance. Pour cela nous avons quitté nos paroisses, on a marché pour se rassembler ici et partager avec nos frères la douleur et les biens que nous avons. Ce que nous avons reçu du Seigneur n’est pas seulement pour nous, mais pour le bien de tous. Ouvrons nos cœurs et nos mains pour soulager les souffrances des autres. Nous sommes appelés à porter la fraternité et l’entente. Que notre vie fasse transparaître notre foi et notre amour».

L’Abbé Baudouin Tatsima, responsable de la «Caritas Diocésaine», est intervenu pour donner son témoignage: «Les déplacés sont des personnes comme nous, qui à cause des Rebelles LRA ont perdu des fils, des époux, des parents, des biens, les maisons. Certains, se sont réfugiés dans la forêt, d'eux on ne connait pas leur sort. Tous vivent dans la souffrance. A la Caritas Diocésaine viennent chaque jour des personnes en détresse. On voit des mamans arriver fatiguées avec leurs enfants, qui me disent «Monsieur l’Abbé, ce sont deux, trois jours que nous ne mangeons rien » Pourtant dans leur village, bien qu’il y ait crise, elles avaient de quoi manger. Elles cultivaient leurs champs de manioc, de riz, de mais. Des mamans avec des petits enfants malades viennent chercher des médicaments.
Nous sommes allés voir les lieux où restent ces malheureux déplacés: De petites maisonnettes accueillent dix, douze et plus personnes. Beaucoup sont obligés à dormir sur la terre nue. Ils ont souffert et ils souffrent. Nous avons essayé de les aider avec le peu qu’on avait à disposition, des marmites, des couvertures, des vêtements. On a vu des mamans vendre leur pagne pour pouvoir faire vivre leurs enfants quelque jour en plus. Chez eux, il n’était pas ainsi, ils avaient le nécessaire. Pour cela nous, gens de Isiro, nous avons accueilli les déplacés, soyons aussi généreux. On ne sait pas si en jour nous nous trouverons dans les mêmes conditions. Nous demandons à nos chefs qu’ils fassent tout pour que cette catastrophe termine. Mais entretemps nous sommes appelés à témoigner notre amour fraternel».
Après l’abbé Baudouin a appelé Maman Aimée présente dans l’Assemblée: Avec elle présente, l'abbé a raconté ce qui c’est passé à Tapili, et plus encore à Mavazukuda: sur 117 personnes seulement elle, maman Aimée, ici présente, est restée en vie. Sa présence parmi nous aujourd’hui est un don. Elle a eu la vie sauve, car elle s’est adressée aux rebelles en langue Swahili, la langue que leur chef parlait. Mère de cinq enfants, elle était partie d’Isiro pour aller là-bas faire du petit commerce: vendre des vêtements usagés et acheter du poisson à revendre. Elle s’est trouvée impliqué dans ces tristes événements. Les rebelles étaient arrivés à quatre heures du matin et ils ont pris tout le monde. Tous ont été ligotés avec des cordes aux mains et aux reins.
A un certain moment les LRA voulaient tuer maman Aimée, mais le chef a dit que ce n’était pas son heure. Ils ont beaucoup marché mais à la fin on l’a laissée libre. Elle était en train de s’eloigner d'eux quand deux femmes arrivent, une d’elles avec son bébé. Elles voulaient demander aux rebelles de rendre au moins une partie de leurs choses. Elles se présentent au chef et font leur requête. Pour toute réponse les rebelles prennent la première femme, ils lui coupent les seins, et la tuent. Puis ils prennent un mortier et obligent l'autre maman à mettre son enfant dans le mortier, le piler jusqu’à le broyer. Après ils tuent aussi la maman. En suite ils ont lié les personnes par groupe de quatre, cinq et ils les ont tué avec des bâtons, des machettes et des haches.
De cette façon ils ont tué tous les 116 malheureux, seulement maman Aimée s’est sauvée.
Le chef LRA lui a dit: «Pars vite et n’entre pas dans la forêt autrement tu nous retrouveras.»
Pendant six jours elle s’est cachée dans le bois par crainte de se rencontrer avec la LRA. Seulement après, elle a réussi à rejoindre un groupe de militaires FARDC qui l’ont amenée à Isiro. Imaginez la souffrance et le traumatisme qu’elle a subi. Plus de sommeil, plus d’appétit, un tas de cauchemars... comment la soigner et soigner tous ceux qui, comme elle, souffrent? Vous comprenez combien d’attention et aide ont besoin tous nos frères déplacés, et combien nous avons besoin de prier le Seigneur pour cette triste situation dans notre Pays.
Vous, qui êtes présents à cette célébration, faites connaître aux autres qui ne sont pas ici avec nous, ce qui se passe et invitez-les à la solidarité et à l’attention vers ceux qui souffrent.» »

FDP