
DUNGU. Les incursions de l’LRA: interview au P. MICHEL KANERU. 28.03.09
P. Michel, vous êtes Vicaire Général de l’Ordre des Augustiniens en RDC. Dans le Diocèse de DUNGU, où sont situées vos communautés ?
Les Augustins ont trois communautés: à DUNGU, POKO et AMADI et les deux dernières sont situées dans le District de BAS – UELE.Vos communautés se trouvent donc dans le territoire où les rebelles de l’LRA sont en train de semer la mort. Depuis quand l’LRA est là?
C’est depuis 2003 que ces rebelles de la LRA traqués par le régime de l’Ouganda ont trouvé refuge dans le vaste Parque Nationale de la GARAMBA sur le territoire de DUNGU. Au début ils n’ont pas exercé d’exaction sur les populations. On les voyait se déplacer dans cette partie du territoire congolais sans aucune inquiétude. Les multiples cris d’alarme de la société civile de DUNGU et ses autorités locales n’avaient jamais trouvé de réactions auprès des autorités étatiques.Comment on est arrivé à massacrer la population et piller ses biens ?
C’est depuis 2006 que ces rebelles ont commencé leurs attaques sur les villages et les civils congolais. Leurs premières incursions méchantes étaient dans les localités de DURU et de BITIMA. A cette première incursion, ils ne se sont pas attaqués aux vies humaines et mais ils ont emporté seulement de biens notamment chez les Pères Comboniens et Sœurs Franciscaines de la paroisse de DURU.Quand est-ce que la situation s’est empirée ?
Depuis Septembre dernier (2008), ces rebelles ont commencé des actions systématiques d’exactions et des tueries sur les populations civiles. Ils poursuivent les civiles partout, aux champs, dans les églises, chez eux à la maison, dans les villages pour tuer les uns et amener les autres dans la brousse et ce qui est exceptionnel chez les LRA, ce qu’ils tuent tout le monde sans distinction : hommes, femmes, enfants, jeunes et vieillards.
Les LRA préfèrent tuer avec des armes blanches telles que machettes, haches, couteaux, baïonnettes, et vont jusqu’à broyer des bébés dans les mortiers.Quelle est la situation actuelle après l’intervention conjointe Ougando-Soudano-congolaise dite « Opération Coup de foudre ? »
La situation s’est empirée car aucune mesure n’a été prise pour la protection de la population civile et c’est ainsi que après l’attaque dans le Parque de la Garamba, les LRA se sont dirigés vers FARADJE, DORUMA et BANGADI en tuant et extorquant les populations civiles à leur passage parmi lesquels des médecins. Pas plus tard que le jeudi 26 mars dernier, ils ont attaqué le village de KAKA situé à 6 km de DUNGU.
Tenez, le même jour où la RDC annonçait le retour des troupes Ougandaises chez elles, les LRA avaient attaqué la localité de BANDA (Zone de Ango) où ils ont tué vingt cinq personnes et sont descendus vers le village BOSO situé à 25 km de la paroisse de AMADI tenue par les Augustins.Que dire de tout ceci ?
Je pense qu’il faut d’abord féliciter la population locale qui s’est organisée en groupe d’auto- défenses à DUNGU, BANGADI et DORUMA et l’action de ces groupes a été plus efficace que celle des militaires.
Le diocèse de Dungu a beaucoup perdu : ses paroisse et chapelles, des religieuses ont abandonné leurs couvents, des séminaristes propédeutes ont fui à ISIRO, les écoles sont fermées… On doit remercier certaines communautés religieuses qui ont accueilli les victimes des ces massacres mais je condamne haut et fort l’attitude de la MONUC qui est restée indifférente face à la souffrance de la population de DUNGU alors qu’elle s’est érigée un grand aéroport dont on ne connaît pas la portée.Et le gouvernement central ?
Je déplore l’action du gouvernement congolais qui semble dire à l’opinion public qu’il avait réduit la capacité de nuisance des LRA et je constante par contre que la présence de ce mouvement rebelle, qu’on a noté seulement dans le HAUT-UELE, on le retrouve désormais dans le BAS- UELE, où la situation va de mal en pis. Depuis l’attaque des localités de BANDA et BOSO, l’insécurité s’est accrue dans la population qui est en train de se déplacer vers ISIRO. Je lance un appel aux Humanitaires de ne pas se limiter seulement dans le HAUT-UELE mais d’aller aussi dans le BAS – UELE pour aider les victimes et au gouvernement de protéger la population civile conformément à leurs prérogatives.JK