News

Les Amis de la Mission

 

 

 


 

Dungu, Rapport de l’Evêque sur la présence de l’LRA dans le teritoire. 08.02.2009

LA PRÉSENCE DES ÉLÉMENTS DE LA LRA DANS
LE TERRITOIRE DE DUNGU


I. APERÇU HISTORIQUE

En 2005, des éléments de la LRA (Lord’s Resistance Army = Armée de Résistance du Seigneur), une rébellion ougandaise chassée de l’Ouganda par la pouvoir en place, élit domicile dans le parc national de la Garamba en R.D. Congo, dans le District du Haut-Uele, Territoire de Dungu et Diocèse de Dungu-Doruma.

Installés dans un premier temps dans un seul campement principal ou base dans le parc, ces rebelles, au fil des années, ont créé d’autres campements secondaires (4 ou 5) le long de la frontière entre le Sud Soudan et la R.D. Congo.

Au début, lors de leurs va et vient en longeant la frontière du Sud Soudan et de la R.D. Congo jusqu’à celle de la République Centre Africaine, ils se montraient en général pacifiques, déclarant qu’ils n’avaient pas de problème avec les Congolais. Exceptés quelques cas isolés de pillages, tueries et viols, leurs incursions et attaques se dirigeaient la plupart du temps vers le Sud Soudan voisin, se servant de la R.D. Congo comme base arrière.

C’est en décembre 2007 que l’escalade de la violence de la LRA contre les populations civiles frontalières du Sud Soudan commence à se faire sentir. A Duru plus précisément, un Poste d’Encadrement Administratif, une incursion de la LRA se solde par le pillage du presbytère de la paroisse, du couvent des Sœurs et du Centre de Santé de la place et le passage à tabac des Missionnaires Comboniens. A la même occasion quelques 3 jeunes gens sont enlevés et amenés en brousse.
Quelque temps après, le même scénario se produit au Poste d’Encadrement Administratif de Doruma.
Il convient de signaler que cette escalade survient peu après l’arrivée et l’installation de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo) à Dungu.

En septembre 2008, on enregistre une flambée de violences principalement dans la région de Duru et de Bangadi : nombreuses tueries avec des armes blanches (machettes, haches, gourdins), incendie du presbytère de la paroisse de Duru ainsi que des villages de Bitima, Nambia, Kpaika, Kiliwa, passage à tabac des Missionnaires Comboniens, ce qui les a obligés à quitter le pays pour regagner l’Europe via le Soudan et l’Ouganda; enlèvement des dizaines d’enfants des écoles primaires et secondaires du milieu.

Peu de temps après, le même scénario est enregistré dans la région de Bangadi, plus précisément dans les villages de Limolo, Kana, Napopo et dans le centre de Bangadi même. Toutefois à Bangadi les groupes locaux d’autodéfense réussissent à repousser les assaillants.

En début novembre 2008, c’est le tour de Dungu d’être victime de l’incursion de la LRA, malgré la présence des milliers des éléments des FARDC présents à Dungu. Ils y ont perpétré des tueries, des pillages et enlevé des gens dans un des quartiers de Dungu avant d’être repoussés par les FARDC.

Le 14 décembre 2008 marque une nouvelle phase dans la lutte contre les éléments de la LRA : c’est le début des attaques de la coalition des armées du Sud Soudan, de l’Ouganda et de la R.D. Congo, avec de grands moyens qui sont employés dont des avions de combat (chasseurs bombardiers et hélicoptères). Ces attaques ont provoqué la scission du groupe de la LRA en plusieurs petits groupes, leur dispersion et fuite dans deux principales directions : le Nord-Ouest vers Bangadi-Doruma et la République Centre Africaine; et vers Faradje.

Au sujet des opérations armées déclenchées depuis le 14 décembre 2008, sont à relever deux insuffisances principales.
Avant les attaques des précautions n’ont pas été prises pour limiter les dégâts collatéraux sur les populations civiles. En effet, en bons stratèges, les militaires devaient prévoir la dispersion des éléments de la LRA et leur scission en plusieurs groupes après le lancement des attaques. Il aurait fallu alors envoyer au préalable des militaires pour la protection des populations civiles dans les grandes agglomérations; chose qui n’a pas été faite. C’est en apprenant les massacres des gens que des militaires ont été dépêchés sur les lieux.
En second lieu, les éléments des FARDC n’aiment pas se déployer dans la brousse à la poursuite des rebelles de la LRA. Est-ce par peur ou par manque de motivation?


II. SITUATION HUMANITAIRE

Ces massacres des populations civiles, incendies des villages, pillages des biens et viols des femmes ont semé la terreur, des traumatismes et la psychose chez les gens qui ne savent plus à quel saint se vouer. La seule chose qui reste à faire c’est de rechercher à sauver sa vie ainsi que celle des siens.

Dans leur fuite au Soudan pour une petite minorité ou vers le Sud de Dungu ou encore vers Niangara et au centre de Doruma pour la grande majorité, certains ont pu prendre le strict nécessaire tandis d’autres, et c’est le plus grand nombre, n’ont pratiquement rien emmené. Aussi la situation humanitaire est-elle dramatique sur le plan alimentaire, sanitaire et de l’habitat.

Des humanitaires ont commencé à affluer dans le milieu; mais les interventions se font attendre, hormis la Caritas R.D. Congo qui en est à sa deuxième phase d’intervention. Il faut citer aussi le HCR à travers le PAM ainsi que MSF pour le côté médical.
Pour le moment ces interventions ne se sont effectuées qu’à Dungu et dans ses environs, à Niangara et à Isiro, la sécurité d’autres sites plus éloignés vers le Nord de Dungu n’offrant pas de garantie pour pouvoir y acheminer de l’assistance. Néanmoins les pourparlers sont en cours pour étudier la possibilité de le faire dans les prochains jours; mais sous escorte militaire.

Quoiqu’il en soit, l’assistance qu’apportent la Caritas et d’autres humanitaires s’avère toujours insuffisante au regard des besoins énormes des populations déplacées; et puis ces aides que reçoivent les gens ne peuvent être que ponctuelles. Aussi la solution durable à la souffrance des populations passe-t-elle nécessairement par la sécurisation de la région afin de permettre aux déplacés de regagner leurs milieux et vaquer à leurs occupations habituelles : culture des champs, élevage de volaille et de petit bétail, pêche, chasse, etc.

Sur le plan humanitaire, force est de constater que le gouvernement de la RDC n’a pratiquement rien fait jusqu’au présent pour témoigner de la solidarité nationale envers les populations sinistrées de la région.
Face aux énormes besoins des milliers des déplacés, les 15.000 $ us, les quelques 100 cartons de sérums physiologiques et de bandages ainsi qu’une centaine de ballots de friperies apportés par les autorités apparaissent ridicules et sont ressentis par les populations comme une moquerie. Si bien qu’on se sent abandonné et comme n’étant pas des citoyens de ce pays.


III. SITUATION SÉCURITAIRE

Outre les déplacements massifs des populations que nous déplorons, s’ajoute l’insécurité croissante sur presque toute l’étendue du territoire de Dungu.
Depuis le 25 décembre 2008, le début des attaques de la coalition jusqu’aujourd’hui, le bilan des victimes des violences aveugles de la LRA ne fait que s’alourdir. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on apprenne des massacres dans l’un ou l’autre village. Pour le moment l’on dénombre déjà plus de 500 tués dans le territoire de Dungu sans compter ceux du territoire voisin. Pas plus tard que hier, ils sont sortis du côté de la localité de Tora et celle de Libombi, localités situées à une centaine de kilomètres au Sud-Est de Dungu, faisant de nouvelles victimes parmi les populations civiles, ce qui a provoqué un autre afflux massifs des déplacés vers Dungu.

Avec la fragmentation du groupe LRA en plusieurs groupuscules éparpillés dans de nombreuses parties du territoire, l’insécurité a encore augmenté d’un cran. Car ils surgissent et attaquent de manière imprévisible.
Pour le moment ne sont plus fréquentables les axes routiers suivants :
- Dungu – Kiliwa – Duru
- Dungu – Bangadi – Doruma
- Dungu – Gangala – Nagero – Faradje

C’est pourquoi, la circulation aussi bien des personnes que des marchandises faisant défaut, toutes ces agglomérations vivent de manière enclavée; ce qui cause un sérieux problème d’approvisionnement en produits manufacturés de première nécessité. C’est une catastrophe sans précédent que les populations sont en train de vivre ces derniers temps.

Tant que la coalition des 3 armées n’aura pas mis hors d’état de nuire tous ces petits groupes de la LRA éparpillés dans nos savanes et forêts, notre région ne retrouvera pas la tranquillité et la paix. C’est cela qui constitue également l’aspiration profonde de tous, celle de regagner son village, vivre dans la tranquillité et vaquer à ses occupations habituelles.
Par ailleurs dans certaines localités, surtout là où il n’y a pas de présence militaire, se sont déjà formés des groupes d’autodéfense constitués des jeunes gens du milieu, armés de fusils de chasse et aussi des fusils de guerre qu’on peut facilement se procurer au Soudan voisin. Si la situation perdure, il est à craindre que ces groupes deviennent de plus en plus importants avec le risque qu’à la longue ils se transforment en milices avec tout ce que cela comporte comme conséquences.


IV. SITUATION PASTORALE

Sur le plan pastoral, 7 de nos paroisses se trouvent sérieusement affectées par les événements de la LRA et 1 dans une moindre mesure. Les ecclésiastiques (prêtres et religieuses) ont dû carrément quitter 2 de ces paroisses à cause de l’insécurité.

Il va donc sans dire que les activités pastorales sont soit sérieusement perturbées soit complètement paralysées. Les 2 paroisses dépourvus pour le moment d’ecclésiastiques ne connaissent pratiquement aucune activité pastorale, exceptées les assemblées dominicales en l’absence de prêtre présidées par un catéchiste.
Par contre dans les autres paroisses les activités pastorales sont réduites au strict minimum au niveau des centres de paroisses et des communautés chrétiennes environnantes, celles plus éloignées étant vidées de leurs habitants.

Sur le plan scolaire, tout laisse entrevoir qu’on s’achemine vers une année blanche. Les parents se montrent méfiants et réticents d’envoyer leurs enfants à l’école, vu que ces derniers constituent la catégorie privilégiée des enlèvements de la LRA. Seules les écoles situées dans le territoire de Poko fonctionnent normalement.


Fait à Dungu, le 23 janvier 2009
+ Richard DOMBA
Évêque de Dungu-Doruma