
RDC. Lettre de la CENCO au Clergé de Kabinda, de Kasongo et de Manono. 07.12.2009
« SACHE COMMENT TE COMPORTER DANS LA MAISON DE DIEU,
L’EGLISE DU DIEU VIVANT» (cfr 1Tm 3, 15).
Lettre de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO)
au Clergé de Kabinda, de Kasongo et de Manono
Chers frères dans le sacerdoce,
Dans le contexte de l’année sacerdotale
1. Dans le cadre de l’année sacerdotale décrétée par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, notre Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) a adressé un message[1] à tous les prêtres de l’Eglise-famille de Dieu qui est en RD Congo afin de les féliciter pour leur dévouement et les encourager dans un exercice sanctifiant du ministère sacerdotal. Nous encourageons vivement tous les prêtres à continuer de méditer cette lettre en vue de leur sanctification personnelle pour la gloire de Dieu.
Adresse spéciale au clergé de Kabinda, Kasongo et Manono
2. En marge de nos réunions pour célébrer le Jubilé d’argent de l’Association des Conférences Episcopales de l’Afrique Centrale (ACEAC) et le Jubilé d’or de l’érection de la hiérarchie épiscopale dans notre zone de l’ACEAC, nous saisissons l’occasion pour nous adresser spécialement à vous, nos chers frères dans le sacerdoce ministériel, des Eglises familles de Dieu de Kabinda, de Kasongo et de Manono. « Chez les prêtres, avertit Saint Ambroise, on ne recherche rien de vulgaire, rien de commun avec les aspirations, les habitudes, les mœurs de la multitude peu raffinée. La dignité sacerdotale revendique pour elle-même une dignité qui se tient loin des tumultes, une vie austère et une autorité particulière »[2].
Nos inquiétudes, notre consternation et même notre honte
3. Hélas, c’est avec grande inquiétude et consternation que nous avons suivi, depuis quelques mois, à travers les médias ou directement par des personnes qui cheminent avec vous, les comportements de certains d’entre vous contre leurs Evêques et contre l’Eglise.
4. Quelques prêtres diocésains de ces Eglises locales s’en sont pris à leurs Evêques pour les diffamer publiquement. D’autres se sont retranchés derrière des tracts, des lettres pseudonymes ou anonymes avec copie à la Nonciature apostolique et à la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. Il y en a qui n’ont pas manqué de manipuler et d’inciter la population à se révolter contre les Evêques pour des motifs ethniques ou obscurs en masquant leurs propres turpitudes morales. D’autres encore, confondant l’Eglise et la société civile, se sont servis abusivement de celle-ci pour exaspérer la situation et exiger outrageusement la démission des Evêques. Faisant fi de l’identité sacerdotale et de la nature de l’Eglise, par endroits, quelques-uns ont été à la remorque des politiciens. Des menaces de mort ont même été proférées par des prêtres à l’endroit des Evêques; les infrastructures de l’Eglise, dans certains coins de vos diocèses ont été endommagées par /ou sous l’instigation de quelques-uns d’entre vous. A certains endroits, notamment à Kabinda, les fidèles catholiques ont même été empêchés d’avoir accès à leurs églises paroissiales afin d’exercer leur droit à la célébration eucharistique du dimanche. Des prêtres sont arrivés même à déchirer méchamment les photos de leur Evêque pour exprimer leur hargne. Vous vous en rendez compte: ces faits gravissimes font la honte du clergé et salissent douloureusement le corps du Christ.
Notre affection et notre proximité à vos Evêques respectifs
5. De prime abord, nous exprimons toute notre affection et notre proximité à nos chers frères dans l’Episcopat: Son Excellence Mgr Valentin Masengo, Evêque de Kabinda, Son Excellence Mgr Théophile Kaboy, ancien Evêque de Kasongo et actuel Evêque coadjuteur de Goma ainsi que Son Excellence Mgr Vincent de Paul Kwanga, Evêque de Manono.
Encouragements aux prêtres fidèles
6. Nous voulons ensuite, et encore une fois de plus, encourager ceux d’entre les prêtres qui, en dépit des difficultés et des épreuves du moment, n’ont jamais cédé au découragement et qui continuent, avec ferveur et zèle, d’exercer leur ministère pastoral pour affermir le peuple de Dieu dans la foi, l’espérance et l’amour. L’Eglise de Dieu ne s’édifie que dans l’amour (cfr Eph 4, 16) et non pas dans la haine, la diffamation et les tensions.
7. Nous tenons à réconforter les religieux et religieuses ainsi que tous les fidèles laïcs qui, malgré les réactions démesurées devant des situations qui pourraient être réglées en Eglise, ont été ébranlés dans leur vie de foi et scandalisés par des attitudes et des comportements que tout le monde déplore amèrement.
Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi
8. Dans notre lettre aux prêtres de la RD Congo, nous vous rappelions le sens de votre ministère sacerdotal en vous présentant Jésus-Christ, l’unique prêtre de la Nouvelle Alliance comme notre modèle. Aujourd’hui encore, nous faisons nôtre l’exhortation de saint Paul à Timothée : « Ne néglige pas le don spirituel qui est en toi, qui t’a été conféré par une intervention prophétique et accompagnée de l’imposition des mains du collège des presbytres. Prends cela à cœur. Sois-y tout entier, afin que tes progrès soient manifestes à tous » (1Tm 4, 14-15).
Savoir nous comporter dans la maison de Dieu, l’Eglise du Dieu vivant
9. Car, c’est en ayant notre regard fixé sur Jésus-Christ que nous pouvons comprendre la grandeur du mystère de l’Eglise, son corps. Saint Paul le dit mieux lorsqu’il souligne que « le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle » (Eph 5, 25). C’est en ce sens que la fidélité sacerdotale se mesure à l’aune du dévouement sans calcul de Jésus-Christ au service de son Père et de son Eglise. A la lumière de ce qui vient d’être rappelé, il est impérieux de nous interroger sincèrement sur la manière de «nous comporter dans la maison de Dieu, l’Eglise du Dieu vivant » (cfr 1Tm 3, 15).
10. Il n’est point besoin de vous rappeler que le ministère sacerdotal n’est pas une profession libérale; qu’il ne peut être vécu de n’importe quelle manière; que personne ne peut le gérer à sa guise. S’y engager authentiquement entraîne une autre manière de vivre et de se rapporter aux autres. Jésus-Christ nous le dit et il nous l’enseigne par son style de vie totalement dévoué au service de son Père et de ses frères et sœurs.
Notre désapprobation de ce qui s’est passé
11. Vous conviendrez avec nous que tout ce qui a eu lieu dans vos diocèses respectifs et que nous déplorons, n’honore ni l’Eglise, ni le sacerdoce et moins encore vous-mêmes. Au contraire, par ces comportements très répréhensibles, la dignité du ministère sacerdotal et le dynamisme de l’Eglise ont été gravement compromis et offusqués. L’efficacité de votre ministère sacerdotal en ressort inéluctablement diminuée, même si, à voir de plus près, il ne s’agit, dans la plupart des cas que d’une infime minorité de prêtres, souvent en situation irrégulière.
Rappel des lieux ecclésiaux pour résoudre les problèmes
12. Il vous souviendra que dans l’Eglise catholique, il y a des lieux de dialogue dans le respect d’un chacun et des lieux de participation où les problèmes, quels qu’ils soient, se traitent pour apporter des solutions par l’écoute mutuelle. Ces lieux sont les différents Conseils diocésains et le Collège des consulteurs. Nous vous exhortons à privilégier la voie du dialogue en vous servant de ces lieux pour exprimer sincèrement vos malaises, vos difficultés et en débattre ensemble. Les problèmes d’Eglise ne se résolvent jamais sur des places publiques, à coup de mensonges ou par incitation à la révolte.
Rappel de la dignité et de la place de l’Evêque dans l’Eglise famille de Dieu
13. Faut-il vous le rappeler? L’Evêque est «votre père», «votre frère», et «votre ami»[3] La communion hiérarchique avec lui est constitutive du sacerdoce ministériel catholique[4]. A travers les médias, vous avez vilipendé et porté atteinte à la dignité et à l’honneur dû à vos Evêques respectifs, par des allégations dont la vérité reste à démontrer. Cette manière de faire n’a honoré ni vous-mêmes ni l’Eglise que vous êtes censés servir, et moins encore le sacerdoce au sein duquel vous n’ignorez pas la place qui échoit à l’Evêque[5]. Quelles que soient les raisons qui vous ont amenés à agir, nous désapprouvons votre manière de procéder.
Appel à la repentance et à la cohérence
14. Par conséquent, ceux d’entre vous qui reconnaissent s’être mêlés de l’une ou de l’autre manière à ces modes de faire que nous condamnons publiquement, nous les invitons instamment à se réconcilier avec leur Evêque et tout le presbyterium. Le peuple des fidèles a été suffisamment secoué dans sa foi, par conséquent il a le droit d’être édifié par votre repentance et de bénéficier des fruits de votre témoignage et de votre ministère grâce à son exercice humble et ordonné.
15. L’Eglise attend de vous un dévouement libre et responsable. Elle permet à ceux qui n’en peuvent plus de solliciter d’être libérés de leurs engagements assumés publiquement le jour de l’ordination sacerdotale. A cet effet, nous demandons à ceux qui estiment en conscience et librement, ne plus être en mesure de continuer la vie et l’exercice du ministère sacerdotal dans l’esprit et selon les exigences de ce sacrement, qu’ils respectent les procédures pour solliciter l’indult approprié auprès des instances compétentes. Car, tant que l’on ne veille pas aux exigences éthiques et pastorales inhérentes à ce sacrement, il est difficile de le vivre dans la cohérence et d’édifier le peuple de Dieu.
Des sanctions infligées et à infliger
16. Nous, vos pères Evêques, profondément blessés par ces comportements que nous reprouvons et qui ont porté atteinte à la vie et à la mission de l’Eglise, nous continuons, dans la prière, de suivre de très près l’évolution de la situation dans vos diocèses respectifs. Dans un esprit de solidarité avec vous et pour le plus grand bien de l’Eglise, en vue d’édifier et de consolider la foi, l’espérance et la charité du peuple de Dieu, nous attirons, pour la dernière fois, l’attention de ceux qui ont brillé par l’arrogance, la désinvolture, l’obstination et voire la violence sous ses diverses formes. Qu’ils se rappellent que les sanctions canoniques écopées de leurs Evêques respectifs constituent un appel ultime à changer leur manière de vivre, en s’engageant résolument sur la voie de la paix et de la fraternité sacerdotale. Sinon, nous serons obligés de prendre acte de leur volonté délibérée de ne plus poursuivre la vie et l’exercice du ministère sacerdotal et nous en informerons qui de droit pour prendre des mesures conséquentes qui peuvent aller jusqu’à la réduction à l’état laïc.
Conclusion
17. Que le Seigneur vous comble de ses bénédictions. Qu’il élargisse à profusion sur chacun de vous ses grâces pour vous ressaisir et vous dévouer, en communion avec vos Evêques, dans la consolidation de votre Eglise locale. Qu’une dynamique de dialogue soit amorcée au sein du presbyterium pour créer un climat de paix et de fraternité sacerdotale fondée sur le sacrement du sacerdoce et susceptible de favoriser une collaboration pastorale sincère dans vos diocèses. Que le Seigneur sanctifie votre personne et votre ministère par l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Mère des prêtres, et de Saint Jean-Marie Vianney, le saint patron des prêtres en cette année de grâce pour vous.
Fait à Kinshasa, le 06/12/2009[1] Cfr Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), « Pour moi, vivre c’est le Christ »(Ph1, 21). Fidélité du Christ, fidélité du prêtre. Message des évêques de la CENCO aux prêtres de l’Eglise-famille de Dieu qui est en RD Congo (13/7/2009).
[2] Saint Ambroise cité par Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Pastores Gregis, n. 43.
[3] Christus Dominus, n.28 ; Presbyterorum Ordinis, n. 7.
[4] Lumen Gentium, n.22.
[5] Presbyterorum Ordinis, n.7.