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Les Amis de la Mission

 

 

 


 

 

 

DECLARATION DE L’USUMA-ASUMA / KATANGA

 

POUR DENONCER LES VIOLATIONS SEXUELLES

ET LES CONDITIONS DESHUMANISANTES

AUXQUELLES SONT SOUMIS NOS FRERES ET SŒURS DE L’EST DE LA R.D.C.

 

Devant la situation inhumaine et injustifiée qui perdure à l’Est de notre pays, la R.D.C., situation caractérisée par des violences de toutes sortes, des violations sexuelles en série et la banalisation de la vie de nos frères et sœurs, nous, supérieures et supérieurs majeurs des congrégations religieuses œuvrant dans la province du Katanga, et avec nous tous les membres de nos congrégations respectives, ne pouvons pas nous taire. Profondément solidaires de ce peuple qui souffre innocemment depuis des années, « avec Suzanne, traquée de toutes parts, meurtrie et condamnée sans raison, nous appelons à grands cris » (Dn 13, 24). Et nous invitons la communauté nationale et internationale, dans la mesure où elle est encore sensible à la souffrance de ses semblables, à se joindre à ces cris des innocents massacrés et dont les droits sont niés au quotidien. Cette situation entretenue depuis de longues années par des cyniques avides du pouvoir et de l’avoir au point de sacrifier des vies humaines est et restera injuste ; pour cela, elle mérite d’être dénoncée et condamnée massivement et sans arrêt (cf. Dn 13, 60).

 

1. DESCRIPTION DES FAITS.

 

La guerre imposée à la nation congolaise à travers les populations de l’Est de la R.D.C. est connue de tous, et ses conséquences néfastes sur la société nationale en particulier et la race humaine en général nous interpellent tous. Ces conséquences, ainsi que les causes ont été indiquées globalement dans le dernier mémorandum de la CENCO (1) ; toutefois, nous revenons avec insistance sur les viols massifs des femmes et des filles mineures et les violations à grande échelle des droits de la personne humaine (2). En effet, des faits terrifiants et innombrables dans ce domaine constituent une tragédie assimilable à une « épidémie » dont l’éradication devrait mobiliser tout le monde. Pour ne citer que quelques cas parmi les plus récents : - A la date du 19 Novembre 2007, MSF a confirmé que 75 % des cas d’agressions sexuelles soignés par son personnel dans le monde sont recensés dans la ville de Goma (3). Parmi les victimes, une fille de 3 ans martyrisée avec un épi de maïs ; une fille de 15 ans violée par six soldats, puis ouverte avec un couteau ; - la FIDH revient sur le témoignage d’une fillette de 10 ans, accostée sur son chemin vers l’école, violée à plusieurs reprises, puis séquestrée pendant plusieurs jours (4). Toujours selon la FIDH, des bébés de six mois tout comme des femmes de septante ans n’échappent pas à la terreur (5).

Dans la Libre Belgique mise en ligne le 01/08/2007, l’on peut lire ceci : « Parfois, des hommes armés contraignent un père, un frère ou un mari à violer sa fille, sa sœur ou sa femme, ou encore obligent leur victime à manger la chair de ses parents assassinés par leur soin. Après ce genre d’épreuves, beaucoup de femmes se trouvent désespérément seules, alors qu’elles endurent les conséquences physiques et psychologiques du traumatisme qu’elles ont subi et doivent faire face à la misère, à une grossesse subie, à des enfants qu’elles n’ont pas voulus, au sida ou à l’ostracisme de leurs proches qui les rejettent parce que « malades » ou « souillés » (6). - Dans sa déclaration du 27 Juillet 2007, le professeur Yakin Ertürk (7) fait savoir que Synergie provinciale du Sud Kivu sur la violence sexuelle (8) a enregistré 4500 cas de violences sexuelles pendant les six premiers mois de l’année 2007. - Ces cas cités ici ne sont qu’une goutte dans un océan de barbarie sexuelle ; l’on ne peut pas citer tous les cas, la grande majorité étant située dans des milieux inaccessibles suite aux conflits militaires interminables. Le Dr Christophe Kimonou ne s’étonne plus de rien ; il dit tout simplement : « Le viol est une chose très courante ici ». Et il ajoute : « des agressions commises en groupe, le plus souvent accompagnées d’une invraisemblable barbarie » (9). Pour John Holmes, coordinateur des opérations d’urgence des Nations Unies, « le viol est presque devenu un phénomène culturel » (10).

Comment comprendre cette situation jadis ignorée des paisibles citoyens de l’Est de la R.D.C. ?

 

2. UN SYSTEME D’IMPUNITE QUI AGGRAVE LA SITUATION

 

Nous constatons avec regret, non seulement que la grande majorité de ces crimes reste impunie, mais aussi que les auteurs de ces agissements courent sans être inquiétés et récidivent sans rien craindre, mais augmentent toujours davantage le degré de leurs exploits barbares. Nous déplorons une indifférence complice et coupable, aussi bien celui affiché par les autorités civiles et militaires, que celui dont fait montre la communauté internationale, face à une catastrophe humanitaire des pires de l’histoire de l’humanité. Il est choquant d’observer dans la réalité quotidienne, et de lire dans plusieurs rapports d’organismes internationaux, que les auteurs de ces crimes barbares ne sont pas inquiétés, et s’ils sont arrêtés, pour la forme, le lendemain ils sont relâchés sans subir aucun châtiment (11). La situation décriée aujourd’hui a déjà largement dépassé les limites ; à quoi devons-nous nous attendre demain ? Les populations meurtries de l’Est de la R.D.C. appellent à la justice ; il est inhumain de rester sourd à ce cri de détresse.

Pour notre part, nous croyons fermement que Dieu voit encore la misère de son peuple aujourd’hui, et que sans doute, il l’en délivrera (Ex 3, 7). Il prononcera son verdict en faveur des justes (cf. Si 35, 16-18), il les délivrera de toutes leurs angoisses (Ps 33).

 

3. UNE ACTION URGENTE ET PROFONDE S’IMPOSE.

 

Loin de nous l’idée que rien n’a été fait pour tenter d’arrêter ce fléau des violences sexuelles. Nous félicitons même les nombreuses ONG et associations civiles et les formations médicales de plusieurs coins de l’Est qui offrent des services appréciables et très souvent bénévoles à la grande majorité des victimes. Certes, l’Eglise aussi a monté beaucoup de structures pour accueillir, assister et encadrer ces personnes définitivement fragilisées. Tous les efforts entrepris dans ce sens sont louables.

Cependant, il apparaît clair à plus d’un que les violences sexuelles sont devenues une arme redoutable pour anéantir et décimer tout un peuple. Eu égard à l’impunité notoire qui se vit, l’on pourrait se demander si cette pratique n’est pas sciemment entretenue par des personnes à la course du pouvoir ou des pouvoirs internes et externes dont les agendas restent souvent cachés. Les beaux discours faits aux yeux du public et les condamnations verbales ne sont pas toujours suivis d’actions concrètes destinées à mettre définitivement un frein à cette pratique qui avilit aussi bien l’acteur que la victime. Une action urgente et profonde s’impose.

 

4. RECOMMANDATIONS Dans le souci de faire taire la guerre et les conflits une fois pour toutes, et espérant beaucoup de la conférence organisée récemment à Goma, nous reprenons à notre compte l’interpellation du mémorandum de la Cenco sur la paix, la sécurité et le développement au Nord et au Sud Kivu. Mais aussi, nous associant à ce peuple qui, depuis longtemps supporte le poids de la guerre inutile et des sévisses qui l’accompagnent, nous insistons et appelons à grands cris que tous les moyens soient mis en œuvre pour enrayer de notre société cette pratique ignoble et barbare des viols sexuels. Nous appuyant sur les articles 14, 15 et 16 de la Constitution de notre pays, la R.D.C., nous recommandons ce qui suit, principalement aux autorités gouvernementales, militaires et judiciaires, à tous les niveaux :

 

- Qu’elles s’activent à faire revenir la paix sur toute l’étendue de la République, et qu’elles assurent la sécurité des personnes et de leurs biens, selon ce que la constitution garantit à tout citoyen. (12).

 

- Que l’organe judiciaire soit reformé pour qu’une fois la justice renforcée, elle inspire confiance à la population qui ne sait plus à quel saint se vouer au regard des injustices qui sont devenues monnaie courante.

 

- Que des réformes juridiques et culturelles soient entreprises pour faire valoir effectivement et pour tous les cas la parité de genre entre l’homme et la femme qui, jusqu’alors est mise sous tutelle de son mari et traitée comme inférieure et/ou mineure par l’homme.

 

- Que les autorités, à tous les niveaux, prennent des mesures concrètes pour appliquer la loi et corriger sévèrement tous les coupables de ces violences sur les femmes, et surtout sur les mineures.

 

- Que les autorités montent des structures de prise en charge suffisante et adéquate pour toutes les victimes.

 

- Que la communauté internationale fasse pression sur le gouvernement congolais, et spécialement sur l’appareil judiciaire pour qu’il lutte effectivement contre l’impunité.

 

- Que l’Etat considère comme une urgence la dotation d’armée républicaine et vraiment au service de la population, selon ce que prévoit la constitution de la République.

 

- A l’ONU, représentée dans notre pays par la MONUC, nous réitérons notre appel de ne pas cautionner un nouveau génocide sous prétexte d’une mission d’observation dans tous les cas inefficace.Que la MONUC joue donc franc jeu dans son rôle d’imposer et de veiller sur la paix.

 

- Que toutes les parties participantes s’engagent à respecter et respectent effectivement les accords de la Conférence de Goma sur la paix, la sécurité et le développement.

 

 

Fait à Lubumbashi, le 1er Mars 2008.

 

Les comités de l’USUMA – ASUMA et tous les membres des congrégations religieuses œuvrant au Katanga.

 

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(1). Mémorandum de la Conférence épiscopale du Congo (CENCO) aux participants à la conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord et Sud-Kivu, du 05 Janvier 2008.

(2). Conséquences de cette situation telles que exposées dans le mémo de la Cenco, p. 3.

(3). Tanguy Berthemet, envoyé spécial de MSF en République Démocratique du Congo, à la date du 19/11/2007.

(4). Cf. OCHA, Situation humanitaire en R.D.C. (Sud-Kivu). Rapport hebdomadaire du 22 au 28 Septembre 2007.

(5). Idem.

(6). Cf. http://www.lalibre.be

(7). Selon la déclaration du 27 Juillet 2007, de Madame Yakin Ertük, rapporteur spécial du Conseil des Droits de l’homme de Nations Unies, chargée de la question de la violence à l’égard des femmes.

(8). Organe qui rassemble des représentants du gouvernement, des Nations Unies et de la Société civile.

(9). Christophe Kimonou est un chirurgien gynécologue œuvrant à Heal Africa, un hôpital privé de Goma, où trois à quatre nouveaux cas d’atrocités sexuels inimaginables sont signalés chaque jour.

(10). Cf. Tanguy Berthemet, envoyé spécial de MSF en République Démocratique du Congo, à la date du 19/11/2007.

(11). Selon la déclaration du 27 Juillet 2007, de Madame Yakin Ertük, rapporteur spécial du Conseil des Droits de l’homme de Nations Unies, chargée de la question de la violence à l’égard des femmes.

(12). Article 14 de la Constitution de la R.D.C.